Une réflexion est en cours au sein de notre collectif sur la pertinence et la faisabilité d’une synthèse entre le fonctionnement par cotisation type SSA (caisse commune) et notre modèle de magasin coopératif inspiré de la PSFC (adhésion+marge).
Notre structure est autonome, ne reçoit pas de subventions et a atteint l’équilibre comptable cette année. Mais notre politique de marge actuelle place nos tarifs entre le conventionnel et la bio classique dans le département ce qui ne reflète pas nos aspirations sociales.
Un système de cotisation au prorata des revenus (annuels ou mensuels) avec par exemple trois tranches/paliers est-il soluble selon vous dans le modèle qui est le nôtre (environ 200 adhérents, 150m2 de surface pour 1300 références, agglo de 300.000 habitants, CA 295.000€ pour un résultat de 7800€) ?
Y a-t-il des freins statutaires/juridiques à ce basculement vers un financement « solidaire » sachant que théoriquement, nous n’aurions dans ce schéma plus besoin d’appliquer de marge (ou très basse) ?
Nous sommes historiquement impliqués dans le développement de la Doume, monnaie locale du Puy-de-Dôme et Soli’doume, expérimentation locale de la SSA, d’où les perspectives évoquées.
Merci d’avance pour vos avis et partages d’expériences !
PS : J’ai lu les échanges, riches et passionnants, sur le fil « Coop ou pas coop de trouver une alternative à la Grande distribution » (Frustration magazine) qui sont toujours d’actualité pour nos structures.
Hello @Yanis_CoopdesDomes ,
Votre approche est super intéressante et ça m’intéressera de savoir ce que ça donne si vous décidez de le mettre en place.
Spontanément, je dirais : réfléchissez bien à la lourdeur de gestion de ce système, parce que j’ai peur que ça vous rajoute beaucoup de process à exécuter pour collecter l’argent nécessaire pour payer vos charges. Je dirais également qu’il faut voir par rapport à votre trésorerie le(s) moment(s) idéal où collecter, et décider des règles de tranches et changement de tranches.
Je n’en ai aucune idée sur la faisabilité juridique. Si vous êtes en coopérative, j’aurais tendance à dire que ce système revient à facturer un abonnement à vos coopérateur·rices et donc en soit, pas forcément besoin de modifier des statuts mais juste votre règlement intérieur.
Une option pour avoir la réponse est de faire appel à un·e avocat·e spécialisé·e en coopérative/supermarché coopératif qui pourrait vous répondre et si besoin creuser les contraintes juridiques.
Wello c’est super intéressant en effet mais en pratique, si j’ai bien compris, ça aboutit +/- à une EPSO avec bénévolat obligatoire ? Tu n’as pas peur d’avoir du mal à fidéliser tes coops avec ce fonctionnement ?
En effet, l’usine à gaz opérationnelle est l’une de nos craintes mais plutôt que de lancer une expérimentation SSA, nous nous disions qu’il semblait plus pertinent de tenter le coup à partir de notre base de membres puisque nous avons déjà une monnaie locale et une caisse commune via Soli’Doume.
Nous ne savons pas si cela a déjà été fait par une Coop’ en France mais l’aventure motive un petit groupe parmi nous !
Bien-sûr nous avons pensé, en termes d’engagement, aux répercussions qu’auraient ce basculement vers un mode de financement par cotisation. Mais elle ne remettrait en rien la dimension participative de la structure : Pour tenir le magasin, il faudra toujours des bénévoles motivés par l’essence du projet, l’accès aux produits sera simplement conditionné par la cotisation plutôt que l’adhésion. Simplement, nous nous libérerions de la pression de la marge sur les prix pour l’ensemble des coops et ceux/celles qui ont les moyens de payer plus pour le fonctionnement du magasin paieraient plus et ceux qui ne les ont pas paieraient moins.
Il ne s’agirait donc pas de proposer des produits à un public spécifique moyennant une participation financière à hauteur de 10, 20 ou 30 % du prix affiché comme dans les épiceries solidaires. Le fonctionnement se distinguerait aussi des épiceries dites « en mixité de public » puisque dans ce schéma l’ensemble des produits seraient accessibles à tous et les tarifs ne seraient pas différenciés.
Pourrais-tu développer ce qui, selon toi, avec ce système de financement, freinerait l’action des bénévoles ?
Ben pour les plus motivé.es, le hardcore, le noyau dur, j’imagine que ça ne les freinerait pas trop, mais pour la grande majorité, ça me paraît compliqué de leur demander ça en plus !
De ce que j’ai pu observer un peu partout en France, en termes de projets alimentaires citoyens, on ne trouve en effet notre équilibre et notre indépendance qu’aux deux extrémités du gradient, dans les GA ou groupes autogérés qui fonctionnent à toute petite échelle et avec très peu de charges, ou dans les coops « de masse » visant à rendre service au plus grand nombre.
Tous les projets petits ou moyens sont hélas, ou bien en difficulté économique à cause de charges trop élevées (salariales ou locatives principalement) ou bien en panne de RH avec très souvent une poignée de personnes très engagées qui font tourner la boutique. Ou bien les deux… je ne vais pas citer de noms mais on a tous.tes en tête beaucoup trop d’exemples de faillites récentes ou à venir dans notre petite communauté
Pas la peine de faire un laïus sur les ambiguïtés opérationnelles d’un modèle coopératif et participatif appliqué à la grande distribution, il y a quelqu’un qui a fait un travail très complet et admirablement documenté là-dessus
Mais pour moi, vu le contexte économique extrêmement concurrentiel, l’essentiel consisterait à ne jamais oublier que nos camarades coopérateur.ices sont certes copropriétaires et bénévoles de la boîte, mais en sont aussi et avant tout client.es… on doit donc penser à leur rendre service et leur faciliter la vie au maximum. Plus simple et gratifiante est leur relation à la coop, plus on aura en effet de chances de les voir revenir et s’y investir !
En pratique, toujours dans ma vision perso du truc : le « bureau des membres » doit simplifier tout ce qu’il peut dans la relation du.de la coop à l’entreprise, tant pis si les ultras t’accusent de laxisme ; les discriminations de tout acabit doivent être vigoureusement combattues partout ; le bénévolat doit être agréable et utile pour tous.tes, même si ça nous complique la vie à nous d’organiser l’animation des créneaux ; le magasin doit être propre, attrayant et ouvert à de très larges horaires ; les rayons doivent être bien remplis, et en particulier les rayons de frais, là où nous sommes les plus compétitifs ; la gamme doit être variée et largement ouverte aux suggestions des coops ; les prix doivent être plus intéressants qu’ailleurs !
Je sais, ça fait beaucoup de contraintes… mais dans la crise de civilisation que nous vivons, le recrutement de masse est à ce prix, je le crains.
Concernant l’implantation de la SSA et/ou d’une caisse alimentaire citoyenne et/ou d’un dispositif de redistribution d’après revenus, c’est beaucoup plus efficace de s’appuyer sur une communauté de 3 ou 5000 citoyen.nes que sur quelques dizaines de militant.es. Jusqu’ici, à ma connaissance, très peu de dispositifs ont dépassé le stade expérimental, en partie à cause de ça. Mais on ne lâche pas l’affaire, l’avenir est dans le communalisme nesspas !