Hello tout le monde,
Voici le dernier article sur l’affaire :
Article Scopéli à Rezé _ le conflit devient politique - Médiacités- Janvier 2026.pdf (1,6 Mo)
Scopéli : le conflit devient politique alors qu’une plainte vise toujours une ex‐coprésidente
Loin de ses étals, la gouvernance du supermarché coopératif de Rezé est toujours
empêtrée dans un conflit avec une ancienne coprésidente, sur fond d’accusations de
violences sexistes. Celle-ci interpelle la mairie et sa liste Rezé Citoyenne (divers
gauche) qui entretient des liens avec Scopéli.
Le 13 décembre dernier, sur l’esplanade Rosa Parks à Rezé, près d’une centaine de personnes
s’apprêtent à prendre le départ d’une marche contre les violences faites aux femmes organisée
par la mairie. Mais vers 10h30, une contre-manifestation s’invite dans la manifestation. Une
quinzaine de personnes surgissent avec un mégaphone et des pancartes « Scopéli : retirez la
plainte », « Rezé doit protéger, pas mettre en danger ».
Parmi les manifestants, on trouve Sarah Joséphau, ancienne coprésidente de Scopéli, visée par une plainte pour « dénonciation non publique » déposée en janvier 2025 par le supermarché coopératif rezéen. Une « procédure-bâillon », avait-elle dénoncé publiquement en mai 2025, la visant pour avoir révélé des violences sexistes (« injure, diffamation et harcèlement moral ») au sein de la structure. Nous avions raconté ce conflit dans une première enquête de Mediacités.
Des ‹ ‹ scopéliens › › très proches de la municipalité
Au départ de la marche, ce 13 décembre, l’action inopinée crée un cafouillage. « Quel est le rapport avec la Ville et [la liste] Rezé citoyenne ? », demande une organisatrice. « Rien n’est avéré », persifle une personne âgée qui prend le large. Si pour certains les liens ne sautent pas aux yeux, ils sont pourtant resserrés entre Scopéli et Rezé citoyenne,
le mouvement (divers gauche) qui administre la ville de Rezé depuis 2020.
Certains « Scopéliens » sont en effet très proches des élus de la municipalité, voire se sont présentés sur la liste de Rezé citoyenne, qui avait battu le sortant Gérard Allard (PS) il y a six ans, sur fond de zizanie à gauche. C’est précisément le mouvement local rezéen qui avait reçu en octobre 2024 un courriel d’alerte de Sarah Joséphau – retransféré directement, sans l’anonymiser, à… Scopéli. Dans celui-ci, l’ancienne coprésidente dénonçait l’invitation à un événement de son successeur Olivier Noël, accusé d’avoir couvert des faits de dénigrement et de harcèlement sexiste au sein de la structure. Ce qui l’avait poussée au départ avec six autres femmes en 2022.
Ces derniers mois, la gouvernance de Scopéli s’interroge dans quasiment toutes ses réunions sur la façon de répondre à ces accusations. « Quelle était la volonté de Madame Joséphau ? Permettre de mettre au jour des comportements à changer, ou bien nuire à la réputation de Scopéli qu’elle avait quitté subitement ? », lit on par exemple dans un compte rendu affiché depuis le mois de mai dans les couloirs de Scopéli.
''Rézé Citoyenne se retrouve pris entre deux feux"
Quelle position adopte la mairie face à ce conflit ouvert, dans une organisation proche, également soutenue par Nantes Métropole ? Pierre Quénéa, adjoint à l’économie sociale et solidaire, soutient Scopéli : « C’est une structure à laquelle nous tenons, qui donne du sens et dont on a besoin à Rezé ». Pour autant, pas question pour lui d’interférer dans l’affaire. « C’est un problème interne (…). Je trouve que c’est de la manipulation », s’irrite de la contre-manifestation celui qui est aussi conseiller métropolitain (ex-PS).
L’élu déclare d’ailleurs ne pas avoir abordé le sujet lors de sa dernière rencontre avec les actuels coprésidents, à l’automne.
De son côté, la maire de Rezé, Agnès Bourgeais – qui a succédé à Hervé Neau, décédé en 2022 – a échangé à la fin de la manifestation avec Sarah Joséphau. Au téléphone, l’édile (divers gauche) reconnaît aujourd’hui auprès de Mediacités que « Rezé citoyenne se retrouve prise entre deux feux ». Elle concède que le transfert du mail d’alerte à Scopéli « était peut-être une maladresse, commise dans la précipitation » et a décidé d’aborder le sujet avec la coprésidence de Scopéli d’ici à fin janvier. Tout en déclarant que ce n’est ni à elle, maire de Rezé, ni à Rezé citoyenne, d’être juges dans ce conflit. Une position pour le moins délicate.
Chez Scopéli, « tout le monde semble désolé de voir que cette situation continue d’occasionner de la souffrance », déclare Morgane Dubois, actuelle coprésidente de Scopéli (l’autre coprésident, Gilles Sauvage, mis en cause pour des « propos violents » par Sarah Joséphau, n’a pas souhaité répondre). Le supermarché coopératif pourrait-il retirer sa plainte ? « Selon l’avis dominant, le retrait n’amènerait pas forcément de résolution du confit avec Sarah Joséphau. Des gens qui s’estiment également violentés par elle ne le souhaitent pas », répond la coprésidente.
En novembre, la gouvernance de la coopérative s’est réunie avec une médiatrice externe pour avancer sur ce conflit. Les échanges ont conduit à la décision d’interroger l’ensemble des 3 000 coopérateurs. « Nous souhaitions organiser un sondage anonymisé, avec des informations les plus impartiales possibles, notamment tous les éléments fournis par Sarah », décrit Morgane Dubois.
Enquête au point mort
Le processus a toutefois été suspendu après la réception, le 10 décembre 2025, d’une lettre de mise en demeure de la part d’un avocat de Sarah Joséphau. « Je ne voulais pas que ma vie privée et des choses dégradantes, comme celles qui circulent dans leurs boucles mail ou sont affichées dans le magasin, soient envoyées et stockées pour une durée illimitée dans 3 000 boîtes mail », dit-elle.
Un an plus tard, l’enquête policière et judiciaire enclenchée suite à la plainte semble en tout cas au point mort, aucune des parties prenantes n’ayant de nouvelles récentes. Mais, à la manière d’un « effet Streisand » (ou effet boomerang), son dépôt qui cherchait à dénoncer des « diffamations non publiques » continue de mettre en lumière les divergences au sein de la coopérative sur la gestion d’accusations de sexisme ou de harcèlement.
Depuis cette affaire, un groupe interne de prévention des violences sexistes a néanmoins été créé par la structure, en avril 2025. Parmi les chantiers à venir : conférences, création d’un baromètre des violences, procédures de médiation interne.