Politique d'approvisionnement, labels, communication, formation et plus!

Bonjour,

Oui ça fait beaucoup…

Les coopérateurs ont des préoccupations et priorités différentes les uns des autres.
Quelques grands items ressortent plus ou moins selon les coopérateurs, comme partout j’imagine : prix, rémunérations des producteurs, « qualité » des produits, impacts de la production etc.

« Qualité » par exemple, à défaut de définition - cahier des charges, chacun y met-voit ce qu’il veut-peut…

« Entreprise à taille humaine actrice de la vie locale et désireuse de prendre une part active dans le changement qui remet l’Homme au cœur du système. »
Description d’un fournisseur : c’est beau non ?

Si nombreux sont les coopérateurs à vouloir du bio, c’est bien parce que c’est « moins de chimie » et surtout LE label « connu » historiquement par tous. Mais (c’est peut-être partiellement un biais personnel au vu de mon intérêt personnel pour les questions agricoles) nombre de citoyens voient ou perçoivent une limite à ce label.
Au delà du (réducteur) bio/pas bio, il existe un tas de labels concernant différentes thématiques-approches.

Au delà des labels plus on s’intéresse aux problématiques agricoles plus on saisit la complexité du domaine.

Et vous ?
Quels sont vos critères « qualité » ? Ont-ils évolués ? Est-ce en réflexion ? Sur quoi s’appuient-ils ?
Avez-vous plusieurs « gammes » ?
Réfléchissez-vous à la montée en compétences des acheteurs ? Plus généralement des coopérateurs voir société civile aux problématiques du monde agricole (agronomie, écologie, économie, réglementation, histoire, etc etc) ? Aux échanges entre ses mondes qui se parlent peu ?
Quelles communications, en place ou en réflexion, au quotidien ou ponctuellement, pour informer sur les producteurs-produits-pratiques ? Leurs problématiques, raisons de leurs choix, évolutions ?
Sur la communication « directe » en rayon, avec vous développé une approche particulière pour signaler certaines caractéristiques au delà des obligations légales ou habituelles ? (direct producteur, distance, labels, caractéristiques particulières etc) ?
Quelles bases de données, quelle transparence, quels moyens d’accès des coopérateurs à ses données ? Si existant : les coopérateurs s’en emparent-ils ?
Ce chantier gigantesque est-il reporté à plus tard, les projets étant jeunes et d’autres priorités pour l’instant ? Pas au programme ?
Est-ce que ça intéresse les acheteurs chez vous ? (Les informaticiens ?) Les coopérateurs ? Une fraction significative ou marginale ? Personne ?

Ça part dans tout les sens, et c’est pas exhaustif !
Ça mériterait bien une intercoop sur qq jours mais en attendant si le sujet vous travaille ou inspire ?

Bon we
C.

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Très bon sujet.
Alors en ce qui concerne notre épicerie: Chez-Emmy. https://about.chez-emmy.ch (St-Blaise Suisse :switzerland:)
Qui fête en ce jour ses 2 ans d’existence… la conscience de son pouvoir de consommateur est important. Donc les valeurs qui sont mises en place pour transformer la société aussi.

Dès le début, un consensus a émergé chez les fondateurs: tout sera bio.
… et c’est quelque chose qui est apprécié et encouragé par l’immense majorité des coopérateurs. (~160 familles soit ~500 personnes)

Donc enfin, c’est le monde normal. Ce qui est traité chimiquement est indiqué sur l’étiquette… et ce qui est bio n’est pas labelisé… vu que c’est normal.

Donc les critères principaux pour les commandes sont:

  • bio
  • provenance géogaphique la plus proche possible. Mais franchement pas évident. Il n’y a pas assez de production bio-locale. Souvent ça vient d’espagne… et là on sait que les critères bio sont au rabais.
  • producteur locaux encouragés avec des prix « juste ». Donc le producteur est mieux payé qu’en grande surface et dans la coopérative on paie pas toujours plus cher vu que la marge est bien plus faible.
  • vrac, sans emballage. (je vois une vraie différence en volume de poubelle chez moi !)

Le fait qu’il n’y a aucun salarié dans l’épicerie permet de garder une marge très faible de 20% (par défaut). Ainsi on a des produits bio pour le même prix que des non bio en grande surface, voir moins cher. (aussi en prenant le solde de triage des carottes par exemple… 8 x fois moins chères…)

Ce soir nous avons notre assemblée générale. Il y a une proposition de baisser la marge à 10% pour les produits très locaux. Ainsi ça permet de baisser encore les prix et de les encourager encore plus. Après 2 ans d’exercice, on voit que c’est possible.

En ce qui concerne l’étiquetage, il y a tout un groupe de travail qui se penche sur la question de créer un système d’indication et de notation d’un produit en fonction de nombreux critères. Mais il s se trouve que les coopérateurs sont vraiment partagé sur la pertinence de cette opération. Sur le fond c’est intéressant. En pratique il est nécessaire d’ajouter un travail énorme d’étiquetage qui est totalement contre productif.
Ceci concerne surtout les fruits et légumes, (dont je m’occupe de la réception de la livraison), c’est déjà la galère l’etiquettage, vu qu’il y a des livraisons 2 à 3 fois par semaines et que le prix varient d’une fois à l’autre que les saisons varient aussi très rapidement, que la provenance varie aussi.

L’équipe qui gère les commande fait déjà le travail de faire au mieux dans les valeurs de l’épicerie donc il n’est pas nécessaire de faire une indication pour que le consommateur final puisse choisir vu que sa simple adhésion au projet de l’épicerie lui fait déjà choisir un ensemble de valeur.

Cette idée de labeliser et fournir un éventail très large de produit est purement une logique marketing (segmentation du marché pour correspondre exactement à chaque personnes).
La logique marketing n’est pas celle d’une épicerie comme la notre. Ainsi, en ce qui me concerne, cette histoire d’étiquettage et label est issus d’une ancienne logique qui n’a pas de sens dans un contexte comme le notre.

Et justement l’épicerie (et non supermarché) a une taille humaine qui permet de faire confiance aux autres coopérateur dans leurs choix, et aussi d’aller chercher directement l’information chez la personne qui est responsable d’un produit pour en savoir plus. Ça permet de conscientiser les gens avec un cas concret et d’en apprendre plus sur les modes de production d’un produit, plutôt que de se décharger sur la confiance en un label dont il faut étudier le cahier des charges et les critères… alors qu’en fait ça ne permet toujours pas d’avoir le détail.

Toutes les situations sont différentes et changent tout le temps au fil des saisons.

Cette année on devrait mettre en place notre propre production agricole (surtout verger) ce qui permet de produire encore plus localement et de conscientiser les coopérateurs. C’est à mon avis une meilleure démarche qu’un label.

Le modèle de ce genre d’épicerie est en pleine croissance dans notre région. Ça ne fait que 3 ans que la première épicerie coopérative participative a été créée. Il y en a maintenant 4 dans une rayon de 20km… et 1 en cours de création.

La prolifération de petites entités permet à des groupes de se rassembler autour de valeurs communes et de ne pas se taper dessus en interne pour imposer SA vision de ce qui est juste.

En terme financier ça fait déjà des bons flux qui sont redirigés vers des circuits alternatifs ou complémentaires, c’est encore loin de mettre en danger les immenses centres commerciaux qui se trouvent à quelques centaines de mètres de notre épicerie… mais le monde change quand même. La force de l’exemple est là.

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