Stratégies de distribution et de participation à l'ère du Covid

Salutti, j’apprends ce jour qu’en raison de « l’état d’urgence sanitaire » la préfecture de mon département vient d’interdire les rassemblements de plus de 6 personnes… ça fait bien plaisir quand tu as une distrib’ du GA prévue le soir même !

Bon au-delà de notre cas particulier, en discutant avec divers commerces alimentaires, tout le monde a l’air d’accord pour dire qu’après le pic de ouf de mars/avril, les ventes ont globalement reculé de 10 ou 15%. Par ailleurs, pour des projets participatifs comme nous, c’est un peu devenu un défi de déplacer les bénévoles, et en particulier les plus âgé.e.s (on ne va pas leur reprocher d’avoir peur de mourir quand même…)

J’ouvre donc ce sujet pour y échanger entre supercoops nos trucs et astuces pour développer la mobilisation citoyenne en temps de pandémie au long cours ! Que faites-vous, à part gérer tout l’attirail sanitaire masque/gel/jauge/etc, pour rassurer et faire se déplacer et agir vos coops ? Comment rester en contact, maintenir nos ventes et continuer à développer nos projets de façon démocratique et transparente à l’ère du Covid ?

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Salut Julien,
Même constat ici.
Jusqu’à Mars on organisait des réunions de présentation avec en moyenne une vingtaine de personnes, parfois jusqu’à 70.
Depuis cet été, nous rencontrons des difficultés à mobiliser 10 personnes, à la réunion d’hier il n’y avait qu’une seule personne.
Il y a un réel manque d’intérêt à se projeter sur des projets au long cours, on voit que les gens ont du mal à s’engager. Les annonces du gouvernement ne nous aident pas et nous obligent à vivre au jour le jour.
Je pense que puisque les gens ont du mal à sortir de chez eux, nous devons multiplier les efforts sur les réseaux sociaux. Il faut aller chercher les gens là où ils sont…

J’ai peur que tu n’aies raison Marc, il y a un genre de mutation anthropologique glaçante en train de se produire là ! Jusqu’ici j’étais en résistance par-rapport à ça, je me disais que construire des communs, ça allait avec le contact physique entre les humains, mais il est très possible que ce soit déjà une idée périmée… le principal problème est qu’en ligne/devant écran, il n’existe pas vraiment d’espace public, car on est obligés de choisir telle ou telle technologie. Ça m’amène à penser qu’il faut qu’on soutienne au maximum des gens comme @paul_lgds ou @jeremy.pougnet-Caget qui essaient de nous créer des espaces d’autonomie pour faire notre boulot !

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C’est en plus en total désaccord avec les volontés affirmées post-covid de retrouver du lien, de participer à une économie locale, de soutenir les producteurs, etc.
On devrait exploser de demandes en ce moment.

Oui, et du coup, où sont-ellils tous.tes !? En train de poster sur facebook des photos de fleg bio locaux achetés à prix d’or chez Naturalia ? Comment aller les chercher pour les faire sortir de chez elleux et de cette économie frelatée du narcissisme ?

Wouaaah… c’est plein de pessimisme chez vous !
C’est le contraire que j’observe en Suisse romande.
Il y a un fort enthousiasme pour la création d’épiceries participative. Cette année dans un rayon de 10km, il y a une qui a ouvert et une autre qui est sur le point de s’ouvrir tout est presque en place.
Et j’ai des contacts avec au moins 4 autres épiceries qui vont ouvrir de sûr ces prochains mois. Et j’ai encore d’autres contact avec plein de gens qui se réunissent pour imaginer des projets.

Question COVID, chez-emmy ce printemps nous avons mis en place une stratégie de mise en place de panier.
Il y a une équipe renforcée qui a été mobilisée pour préparer des paniers à l’épicerie. (dans des caisse vertes IFCO que tous les magasin de fruits et légumes utilisent)

L’application epicerio a été modifiée en urgence pour créer la possibilité de faire ses achats en ligne.
Donc les coopérateurs voient la liste des produits et peuvent faire des paniers. A venir chercher à l’épicerie ou se faire livrer si la personne est vraiment à risque et ne sort pas de chez elle.
De même, ces personnes âgées et à risque ont pu lâcher leur obligation de service (de 3h par mois chez nous). Des appels à aider ont été fait. Il y a notamment des lycéens désoeuvrés qui sont venu aider en renfort pour faire les paniers (vu que ça nécessite plus de monde que le monde attribué au créneaux horaires normaux). Les gens du comité ont beaucoup donné de temps aussi.

Dans l’épicerie les personnes qui sont de service ont une interface dans epicerio pour voir les paniers en attente.
Ils vont chercher les produits les mettent dans des caisses. Puis valident le panier terminé.
Là le coopérateur qui a fait une commande reçoit un e-mail pour lui signaler que sa commande est prête et qu’il peut passer la chercher.

Il y a parfois des petites erreur de stock, il n’est pas toujours aisé de réaliser concrètement ce que représente une quantité de patate ou de carotte … 3kg de patate ça ressemble à quoi ?
Parfois il y a des choux qui sont énormes et d’autre petits. Donc la quantité est approximative. Mais globalement ça s’est passé très bien.

Comme l’épicerie est principalement en vrac, il a fallu trouver des emballages pour préparer les paniers. (sac en papier recyclables)
(pour les produits liquide, comme l’huile, souvent le remplissage se faisait en venant avec sa bouteille et le remplissage est fait au moment de venir chercher le panier.)

Le volume de commande a été multiplié par 1.7 en avril 2020. Il y a 180 coopérateurs dans notre épicerie, mais ça représente des familles, soit 500 personnes.
Après le confinement le volume a un peu diminué, mais est resté plus haut qu’avant le confinement.

Après le confinement le système de commande a été réservé aux personnes à risque, les autres ont repris le chemin de l’épicerie. C’est quand même plus efficace de décentraliser chez chacun la tâche de faire ses propres courses.

Mais en cas de re-confinement (ce qui pourrait arriver vu le climat anxiogène ambiant) nous sommes prêts quasi immédiatement à basculer en mode commande à distance.

Personnellement j’ai trouvé ce système très bien fait. C’était agréable de passer à l’épicerie prendre son panier et ne pas avoir besoin de fréquenter le climat anxiogène des supermarchés.

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Merci pour cet exposé comme toujours très complet camarade Romand ! Bon moi je suis parti de la Cagette quelques semaines avant le covidage mais j’ai l’impression que les choix de gestion ont été très similaires aux vôtres :

Mon souci principal en ce moment, tu l’avais bien compris, c’est d’entretenir la motivation des participant.e.s… acheter en Drive, tout le monde veut bien, mais venir bénévolement préparer des commandes pendant 3h c’est plus compliqué ! Toute suggestion de technique communicatoire et motivationnelle est donc la très bienvenue…

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