Additifs à risque, les afficher ou les interdire?

Bonjour à toustes de Brest (Ti Coop) :waving_hand:

Depuis une bonne année nous affichons en magasin si les produits contiennent des additifs possiblement risqués pour la santé, via un symbole avant le nom du produit. Nous les détections via l’appli Yuka ou QuelProduit.

Mais l’utilisation de Yuka pose question car c’est une (très) grande entreprise côtée en bourse. L’appli QuelProduit dispose d’une base de données beaucoup plus limitée.
Il existe Food For Facts qui indique les additifs (en scannant les code barres) mais base de données pas aussi complète que Yuka, et n’indique pas si les additifs sont risqués ou non.
Donc on est en phase de questionnement

Avez-vous tenté des initiatives du genre et comment vous y êtes vous pris ?

Merci pour vos partages :hugs:
Jordan

Salut Jordan, perso je suis… partagé sur la question !

D’un côté, il est bel et bon de faire de l’éducation populaire sur l’alimentation, et en particulier concernant l’usage immodéré des additifs et conservateurs dans les produits transformés (et très margés) que l’industrie agro-alimentaire nous propose, et bien souvent nous impose.

De l’autre, en tant que supermarché coopératif, je m’interdis d’être prescripteur envers mes sociétaires : j’essaie de leur offrir une large gamme de produits qui soit susceptible de correspondre à leurs habitudes alimentaires et possibilités économiques, quel que soit leur profil. Je n’ai surtout pas de charte d’appro.

L’étiquetage en rayon est déjà compliqué à lire et rajouter des informations en plus du minimum légal et des diverses ILV et PLV n’aidera pas forcément tout le monde à faire un choix éclairé ! Sans parler du risque bien réel de stigmatisation de la cliente à l’intérieur du magasin même (“quoi, tu ne prends même pas nos produits avec l’étiquette verte…”)

Donc voilà, c’est quelque peu dialectique… perso je résous cette contradiction en faisant très attention à ne rien faire d’officiel qui pourrait exclure ou ostraciser, mais en passant beaucoup de temps à discuter des produits et de leur composition avec les coops dans nos rayons !

Un truc qui serait rigolo à faire (mais qui demanderait du temps pour être modéré) ce serait une appli rayons pour le magasin, où les coops pourraient échanger des conseils ou évaluations sur les produits proposés, et contribuer via leur ordiphone à l’évolution de l’assortiment ! Mais bon, un bon vieux cahier de demandes & remarques produits, ça marche aussi hein :wink:

Bonjour Julien,

Merci beaucoup pour ton message et ton expérience. Ca m’a l’air cohérente et vertueux, c’est une vision des choses tout à fait positive d’un supermarché responsable.

Pour alimenter un peu plus l’idée d’avoir une politique sur les additifs, j’ajoute quelques éléments observés depuis plus d’un an à tenter de faire avancer cela :
En faisant ses courses, il n’y a pas de moyen autre que de scanner les articles un par un avec son téléphone pour avoir une idée desquels sont avec ou sans risque. Ils sont indiqués dans les ingrédients, mais lesquels sont à éviter ?
Les clients qui sont sensibles à cela, aimeraient que l’info soit plus accessible, voire qu’on ne vende pas d’articles avec des additifs risqués pour la santé.
Je t’assure qu’à la base, mon but est uniquement la transparence pour que chacun.e achète en conscience, mais la question revient quasi systématiquement : « mais pourquoi vendre des articles avec des mauvais additifs ? » ou alors « quand je rentre dans un supermarché avec des valeurs, je compte sur le magaisn pour faire un tri en amont »

En tout cas oui c’est complexe, et je ne sais pas trop où on va !

Je joins l’affiche qu’on avait faite il y a un an, pour donner une idée
A+

Héhé, c’est précisément la phrase qu’on entend souvent, et qu’à mon sens il faut questionner voire déconstruire, afin qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur le projet !

Dans mon expérience, plus tu es exclusif, moins tu recrutes de monde. C’est parfaitement légitime pour un petit GA ou une épicerie type monepi d’anticiper les besoins (réels ou supposés) de ses membres en sélectionnant rigoureusement son assortiment, mais si on parle de supermarché coopératif, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué…

Bien sûr qu’on intègre les préoccupations de chacun.e, en proposant une large gamme avec beaucoup de produits spécifiques ou engagés, mais pour moi il faut considérer avec le même respect les habitudes alimentaires de tout le monde, même si celles-ci comprennent (horreur !) des légumes hors saison, ou (malheur !) des additifs… donc on met déjà tout ce que les coops consomment, ce qui est d’ailleurs parfois très différent de ce qu’ils demandent :wink:

Une fois qu’on sera rassemblé.es à plusieurs milliers, on pourra non seulement avoir un espace de débat à l’intérieur de notre coopérative sur les produits et le système alimentaire (éduc’ pop’, ateliers, Agoras, AG etc), mais aussi faire masse et peser réellement sur ce qui se passe autour de nous, cf. ce qu’arrivent à faire les 4 ou 5 grosses coops françaises en termes d’action locale.

C’est encore une fois Tom Boothe qui a trouvé la bonne formule, que j’ai probablement déjà citée ailleurs : une supercoop c’est comme un autobus, on est assis.es ensemble et on va dans la même direction, mais on ne monte et descend pas forcément aux mêmes arrêts ! Bon j’extrapole peut-être un peu mais on voit bien l’idée.

L’affiche que tu nous partages est vraiment super d’un point de vue transparence et santé publique, mais je la trouve contre-performante au niveau inclusivité. Si j’ai en effet l’habitude de boire du coca breton, que j’arrive à TiCoop et que je vois un double point d’interrogation sur le nom d’un produit que j’aime et apprécie, ça peut vouloir dire, explicitement ou pas, que le projet pratique un entre-soi alimentaire et rejette a priori mes habitudes comme étant incorrectes ou invalides… du coup je n’ai pas envie de m’y investir, et le recrutement est freiné, et les plus investi.es se fatiguent, et c’est un peu la spirale du magasin qui n’avance plus dans laquelle j’ai l’impression que pas mal de projets sont pris en ce moment, mais bon, faut pas non plus trop généraliser.

Tout ça est largement documenté, en même temps qu’un tas d’autres sujets extrêmement intéressants pour nous, dans la thèse de Clotilde :slight_smile:

Bref, courage à vous tous.tes dans la quête d’une meilleure alimentation et d’un impact maximal sur votre territoire, comme qui dirait ! L’avenir nous donnera raison et résoudra toutes les contradictions antagonistes :smiley: