Hello à tous !
Cette nouvelle tombée hier fait l’effet d’une petite bombe dans le monde du bio en France.
L’Autorité de la concurrence vient de condamner Synadis bio (syndicat national des distributeurs spécialisés bio qui représente des enseignes du bio comme Biocoop, La Vie Claire, Naturalia (filiale de Casino), Biomonde ou Accord Bio), les Comptoirs de la Bio (filiale bio des Mousquetaires), Greenweez (filiale bio de Carrefour) et ITM entreprise (groupe les Mousquetaires) à une amende record de 12,6 millions dont 10 millions pour le seul syndicat Synadis bio !
1/ Ce qui leur est reproché ?
Avoir cloisonné l’offre entre réseau spécialisé du bio et enseignes de la grande distribution afin de conserver des prix relativement haut pour les enseignes spécialisés du bio et éviter des baisses de de prix qui aurait été possibles pour les enseignes grand public de la grande distribution.
Extraits communiqué de presse de l’Autorité de la concurrence du 16 Avril 2026 :
'Dans le cadre de réunions de son conseil d’administration, puis d’un règlement intérieur adopté en 2018, le Synadis Bio a mis en place une stratégie collective visant à empêcher la commercialisation des mêmes marques de produits bio au sein des circuits GSS (grande surface spécialisée) et GSA (grande surface généraliste), afin d’éviter une comparabilité des produits et des prix entre les deux circuits qui aurait pu conduire à une baisse généralisée des prix au détriment des acteurs de la GSS.
Cette entente a duré plus de sept ans et s’est déroulée dans un contexte marqué par le fort développement de l’offre de produits bio dans le circuit des GSA, lequel était devenu le premier circuit de distribution de ces produits depuis 2016.
Outre le syndicat, l’Autorité a constaté que les sociétés Greenweez, Les Comptoirs de la Bio et ITM Entreprises ont également participé activement aux pratiques’’
L’Autorité prononce une sanction totale de 12 670 000 d’euros à l’encontre de Synadis Bio, Greenweez, ITM Entreprises et Les Comptoirs de la Bio et recourt à l’application de l’article L. 464-2 du code de commerce
En invitant ses membres à harmoniser leur politique commerciale sur un paramètre relevant du libre jeu de la concurrence, le Synadis Bio est intervenu sur le marché, outrepassant sa mission de défense des intérêts de la profession.
L’Autorité estime que cette pratique est grave dans la mesure où elle a incontestablement limité la concurrence intra-marques et inter-marques, ainsi que celle s’exerçant sur les prix, entre les deux canaux de distribution.
Le montant global de la sanction s’élève à 12 670 000 euros et se répartit de la manière suivante :
- Synadis Bio : 10 millions d’euros
- Greenweez (solidairement avec sa société mère Carrefour SA) : 1,85 million d’euros
- ITM Entreprises (solidairement avec sa société mère Les Mousquetaires) : 740 000 euros
- Les Comptoirs de la Bio : 80 000 euros
Elle a également enjoint au syndicat de modifier les dispositions litigieuses de son règlement intérieur et de publier un résumé de la décision dans une revue spécialisée.
2/ Le détail de la teneur des échanges entre les acteurs du bio sanctionnés :
(extraits communiqué de presse Autorité de la concurrence)
PV CA Synadis bio du 6 juin 2018
Le 6 juin 2018, des échanges ont lieu au sein du conseil d’administration du syndicat au sujet de la poursuite de l’adhésion de Les Comptoirs de la Bio (LCB) au Synadis Bio pour l’année 2018. Est alors discuté l’engagement d’ITM de préserver une stricte séparation entre les réseaux de distribution spécialisée et de grande distribution, excluant toute perméabilité des assortiments, toute coexistence de marques entre les deux circuits ainsi que toute référence de MDD, afin d’éviter tout « mélange des genres ».
Lors de ces échanges, Synadis Bio exprime de manière explicite sa volonté d’instaurer une différenciation des marques selon les canaux de distribution, afin d’éviter la comparabilité des produits et donc des prix. Questionné par un représentant d’ITME lors de l’examen de la candidature d’ITME, « [q]u’est-ce que vous, les magasins spécialisés bio, attendez de nous ? » le Synadis Bio répond « [l]a qualité, tirer la bio vers le haut et non vers le bas. Ne pas casser les prix ».
PV du 22 mars 2019
La demande d’adhésion de So.Bio, initialement acceptée lors du conseil d’administration du 12 septembre 2018, est remise en question à la suite d’informations relatives à la stratégie de développement du réseau, désormais intégré au groupe Carrefour, basée sur des ambitions de croissance rapide et à une politique affichée de prix « low cost » (« des prix 30% moins chers que le réseau spécialisé historique »), stratégie jugée incompatible avec le positionnement et les valeurs défendues par le syndicat.
Adoption d’un nouveau règlement intérieur de Synadis bio (13 décembre 2018)
En décembre 2018, le syndicat décide d’inscrire ce principe de segmentation des marques par circuit de distribution dans son règlement intérieur. L’article 2 impose notamment à ses adhérents « [d’]avoir un référencement d’au moins 95 % de produits alimentaires biologiques emballés, exclusivement distribués dans des magasins spécialisés bio ».
Ainsi les adhérents au syndicat ont décidé collectivement de s’interdire de distribuer dans leurs magasins des produits qui seraient commercialisés dans des GSA et inversement, d’empêcher la commercialisation en circuit alimentaire généraliste des marques qu’ils distribuent en GSS.
Greenweez, Les Comptoirs de la Bio et ITM Entreprises ont activement participé à titre individuel à cette entente
Ainsi, Greenweez a pu confirmer au syndicat sa volonté de faire en sorte que « [l]es enseignes et les gammes ne [soient] absolument pas [-] mélangées » et qu’elle entendait respecter le modèle des GSS en s’intégrant à leurs « règles tacites ». Le représentant de Greenweez a insisté sur la volonté des dirigeants de ne pas « casser le marché des spécialistes bio » et d’adapter « leur prix de vente aux prix pratiqués par les magasins bio environnants ».
3/ Ce qu’on peut en retenir :
Il ne faut pas se tromper. Cette décision ne sanctionne pas l’existence même d’un réseau de distribution exclusif ou sélectif. Il s’agit d’une pratique autorisée.
Elle sanctionne les parties, d’un coté, Synadis bio, l’instigateur de cette entente, de l’autre, les Comptoirs de la bio, ITM entreprise (groupe Les Mousquetaires) et Greenweez (filiale du groupe Carrefour), participants actifs de cette entente, de s’être entendus pour empêcher la vente simultanée de certaines marques bio dans les magasins spécialisés et la grande distribution.
Pratiques anticoncurrentielles aux yeux de l’Autorité de la Concurrence que la loi réprime fortement.
Elle sanctionne la finalité : avoir voulu priver par cet accord les consommateurs de la possibilité de trouver certaines marques en grande distribution à des prix potentiellement inférieurs à ceux pratiqués dans les magasins bio spécialisés.
Si l’amende ne concerne directement qu’une poignée d’acteurs de la bio, la décision de l’autorité de la concurrence pourrait impacter tous les acteurs du bio en particuliers les distributeurs spécialisés du bio (Biocoop, Naturalia, etc …) concernés par cette pratique active et assumée de segmentation des marques bio qui pourrait être remise en question …
Cette décision fera donc date. Mais ouvre aussi à de nombreuses interrogations.
D’abord, comment la gouvernance de Synadis bio (qui représente 2500 magasins spé. bio, chaines et indépendants et 30 à 40% de la distribution bio) a t’elle pu à ce point dis-fonctionner ?
Ensuite, comment vont réagir les distributeurs du bio spécialisés en particuliers les membres de Synadis ? Mal c’est certain.
Seront-ils contraints de faire évoluer leur stratégie commerciale afin de se conformer à la décision de l’Autorité? Comment ?
Pourront-ils être condamnés à vendre les mêmes produits que les grandes surfaces ? J’en doute personnellement.
Ou bien un habillage habile pourra être trouvé pour continuer ces pratiques de segmentation des marques entre réseau spé et généralistes sans risquer d’être accusés de vouloir maintenir des tarifs plus élevés en réseau spécialisé ?
Hasard du calendrier cocasse. La commission parlementaire sur les marges de la grande distribution qui se tient actuellement au Sénat sur laquelle j’avais publié un article sur le forum a été l’occasion pour de grandes enseignes spécialisées du bio auditées de louer leur différence, leur éthique, recherche du juste prix et défense du pouvoir d’achat …
Au final cette condamnation rappelle que business is business. Dans le bio comme dans le conventionnel, les pratiques peuvent être les mêmes : une distribution qui joue de sa position de force pour contrôler les prix … au détriment du consommateur.
Quoi qu’il en soit, la fronde des distributeurs spécialisés du bio, qui jouent dans cette affaire la préservation de son image et ses parts de marchés, ne devrait pas tarder à arriver !
Synadis Bio a déjà annoncé faire appel de la décision. D’autres acteurs du bio devraient sortir du bois.
Et vous, que pensez vous de tout ca ? N’hésitez pas à réagir !
Nadia