Marges de la grande distribution : les 6 priorités de la commission d'enquête sénatoriale tout juste créée - Article LSA - 29 octobre 2025

Hello à tous !

Les auditions ont commencé voilà quelques semaines et ca continue !

Vous pouvez retrouver l’intégralité des captations vidéo** :

Chaque intervenant représente un bout de la chaîne, arrive avec son propos et vient défendre ses intérêts !

Néanmoins ces auditions aident à y voir plus clair sur la vision, les pratiques et les enjeux des différents acteurs de la filière : distributeurs (la grande distribution surtout), représentants de consommateurs, représentants des filières agricoles, groupements de producteurs, industriels, analystes, chercheurs, experts, journalistes, modèles alternatifs etc ….

Un peu sans surprise, du côté de la grande distribution, il y a un niveau de détail, en particulier quand il s’agit d’obtenir les chiffres demandés par les sénateurs de la répartition des marges sur la chaine de valeur, qu’il est impossible d’avoir publiquement en audition. Concurrence oblige disent -il… Ils promettent de donner ces données en privé aux parlementaires. Dont acte !

Le sujet du jeu de la péréquation des marges pratiquée par la grande distribution (pratique qui consiste à répartir la marge de manière différenciée entre les produits) et des prix d’appel revient souvent sur la table des échanges avec les professionnels de la grande distribution. Des membres de la commission d’enquête, en soulignant l’observation qui est souvent faite que les « sur marges » y sont souvent pratiquées sur les produits les plus qualitatifs/sains, en questionnent la pertinence pour le consommateur. La réponse sans équivoque est la même pour tous : il s’agit d’une pratique justifiée, indispensable et centrale à la profession. Impossible de faire sans !

D’autres réponses attendues à des questions cruciales et récurrentes comme celles sur les centrales européennes (d’achat et de services) sont souvent vagues voire inexistantes faute de temps. Parfois c’est ''je sais pas : c’est les juristes qui pourront vous expliquer" … ou bien ‹ c’est pas mon rayon ! › …

Les auditions ne se valent pas toutes mais je vous encourage vivement à tout regarder !

2 auditions que j’ai retenues :

  • celle du Président exécutif du mouvement Leclerc, Philippe Michaud, grand manitou chez Leclerc et sa phrase choc : ‘’la guerre des prix est une garantie fantastique’’… En total cohérence avec la culture Leclerc …

Audition du président exécutif du mouvement E. Leclerc

  • celle qui rassemble chercheurs et analystes est assez passionnante par l’éclairage plus précis qu’elle donne sur le rapport de force installé par la grande distribution sur les marges mais également les stratégies développées pour capter le plus gros de la chaine de valeur. Des solutions sont proposées pour rétablir un équilibre. Ecoutez !

Marge et prix dans la grande distribution : table ronde d’experts - 23 janvier 2026

Extraits Intervention Olivier Mevel (chercheur et maitre de conférence en science de gestion à l’Université Bretagne occidentale) :

‘’ Les travaux de la Banque de France en 2024 et les travaux de l’inspection générale des finances ont éclairé le sujet et ils ont conclu dans le fond que les distributeurs n’avaient pas de marge excessive et que même après cette période inflationniste finalement il n’y avait pas de quoi à finalement à faire pleurer et que circulez à rien à voir. J’ai dit à mes collègues, c’est tout simplement parce que vous vous adressez à des chiffres comptables.

Si vous regardez bien aujourd’hui dans une vision moderne de la négociation commerciale et on ne peut pas regarder le prix facial, on doit regarder le prix net, le prix deux fois net et le prix trois fois net. Parce que si on se situe en dehors de ça, on aboutit aux conclusions de la Banque de France et aux conclusions de l’Inspection générale des finances à savoir que les marges de la distribution sont tout à fait correctes.

Or aujourd’hui, les marges de la distribution ne sont pas faites sur facture, elles sont faites hors facture. Et elles sont faites hors facture et on aura l’occasion d’en parler tout simplement parce que la partie hors facture est devenue prépondérante.

C’est-à-dire qu’aujourd’hui, c’est la coopération commerciale, ce sont les services imposés, ce sont les pénalités qui constituent la majorité des marges. La grande distribution transfère sur l’amont des risques économiques un certain nombre de risques.

Et quand on regarde sur 25 ans, on s’aperçoit aujourd’hui que sur un produit alimentaire et si on raisonne à l’euro alimentaire, on s’aperçoit que l’agriculteur et l’industrie agroalimentaire, c’est à peine 20 % de la valeur ajoutée. 80 % de la valeur ajoutée d’un bien alimentaire est réalisé ailleurs que dans la production. Alors effectivement, il y a un problème et donc les faits sont têtus.

Deux rapports très sérieux nous disent il n’ y a pas de problème de marge mais quand on regarde la répartition de la valeur ajoutée elle est très asymétrique. Donc c’est ce problème qu’il convient de traiter en comprenant bien pourquoi ce paradoxe des marges soi-disant correct mais de l’autre côté un vrai problème de répartition de la valeur ajoutée’’

Extrait intervention Hugo Molina (chargé de recherche à l’INRAE) :

‘’Quand on essaie de quantifier ce pouvoir de marché… on distingue les marges économiques et les et les marges comptables. Alors ici, les marges économiques, c’est ce qui intéresse en réalité les économistes. Ça vise à mesurer quelle est la valeur qui est captée par une entreprise, quelle est sa rente et donc quel est son pouvoir de marché. Et en tant qu’économiste, on s’intéresse vraiment à ça.

À contrario, la marge comptable, que ce soit marge brute ou marge nette, ça n’a pas tellement vocation à mesurer le pouvoir de marché. Ça a plutôt vocation à mesurer comment une entreprise est gérée tout simplement. Et donc une fois que l’entreprise a capté de la valeur, comment l’entreprise répartit cette valeur en rémunérant le travail, le capital, en générant des investissements, des dépenses publicitaires et cetera et cetera. Et en fait les marges comptables, ça nous dit plus ça. Et donc depuis une trentaine d’années, la littérature en économie a un peu rejeté l’usage des marges comptables pour quantifier le pouvoir de marché’’

Pas mal d’info à digérer donc mais ça vaut le détour. Je pense qu’il est toujours bon d’en savoir plus sur l’écosystème qui entoure nos projets et sur les différents modèles de distribution y compris ceux que nous dénonçons le plus !

In fine une belle occasion de faire un point pour chacun d’entre nous sur nos projets, nos pratiques et où nous nous situons.

N’hésitez pas à faire vos retours et venir débattre ici !

Nadia