Marges de la grande distribution : les 6 priorités de la commission d'enquête sénatoriale tout juste créée - Article LSA - 29 octobre 2025

Bonjour à tous !

C’est officiel. Le Sénat lance une nouvelle commission d’enquête sur les marges de la grande distribution.

Cet article de LSA précise et dresse les premiers contours de cette commission.

Le sujet n’est pas nouveau. il s’agit toujours de savoir comment se répartit la valeur entre les différentes maillons de la chaine alimentaire, des distributeurs aux producteurs, en passant par les industriels.

Pour rappel, chaque année, l’Observatoire des prix et des marges des produits alimentaires rend un rapport sur le sujet.
Dans son dernier rapport, le 14 ième publié le 9 juillet 2025, il apparaissait qu’industriels et distributeurs ont reconstitué leur marge sans retrouver le niveau d’avant inflation. Cf l’article LSA publié précédemment sur le forum qui détaillait les conclusions de ce rapport : Grande distribution : les prix et les marges des enseignes alimentaires affectés par l’inflation

Le travail de cette commission d’enquête sera intéressant à plusieurs titres :

  • une commission demandée par l’intermédiaire d’un « droit de tirage, une procédure qui permet à chaque groupe parlementaire d’obtenir la création d’une mission parlementaire de son choix chaque année » précise le Figaro.

    C’est dire l’importance que le groupe écologiste du Sénat, à l’origine de la demande, accorde à ce sujet.
    « Cette commission aux pouvoirs d’enquête élargis, doit encore être formellement constituée par le Sénat. Elle aura ensuite six mois pour mener ses auditions avant la remise d’un rapport » complète le quotidien.

  • une proposition de commission d’enquête portée par la sénatrice écologiste de Paris, Antoinette Guhl, au nom du groupe écologiste.

    Si Antoinette Guhl est peu connue à l’échelle nationale, elle est une figure plus familière des parisiens pour avoir été de 2014 à 2020 élue ‹ vert ›, adjointe à la maire de Paris, en charge de l’ESS, de l’innovation sociale et de l’économie circulaire.
    Depuis 2014, elle est élue conseillère de Paris dans le 20ième arrondissement.

    Les années de son mandat ont été particulièrement riches sur Paris en création de projets estampillés ESS innovants liés à la promotion d’une alimentation plus durable, de meilleure qualité et plus accessible. Parmi ceux qui ont essaimé : l’association VRAC et son réseau national, Kelbongoo, les supermarchés/épiceries participatives …
    Elle est familière du modèle de supermarché/épicerie coopératif et participatif puisqu’elle avait soutenu la création de la Louve, des 400 coop, la Source, les Grains de sel puis maintenu le contact par la suite.
    Elle avait d’ailleurs en 2014 remis le trophée de l’ESS à la Louve qui figurait parmi les 8 lauréats. A l’époque, la Louve c’était … 500 membres !

    Ce n’est donc pas un hasard ni anodin qu’elle soit co-instigatrice de cette commission d’enquête. Il faudra compter avec elle pour gratter le sujet, chercher les réponses et défendre ses convictions !

  • si le sujet des marges ne date pas d’hier, nous pouvons nous dire qu’à notre modeste échelle toutes ces années de plaidoyers médiatisés pour la promotion de nos modèles alternatifs de supermarché/magasin coopératif et participatif, pour la transparence des marges ne sont pas vaines et portent quelque part leurs fruits puisqu’ils participent aussi à requestionner le modèle de la grande distribution

  • la grande distribution, un secteur en pleine mutation : entre mouvement de concentration et nouvelles alliances européennes aux achats

    Le mouvement de concentration des acteurs de la grande distribution et les changements d’enseignes ont rarement été aussi dynamiques que depuis ces dernières années : rachat de Cora et Match par Carrefour, éclatement de nombreux Casino (hypers , supers) entre plusieurs enseignes (Intermarché, Auchan et Carrefour), rachats des Colruyt en France par Intermarché et Leclerc, le groupe régional Schiever qui quitte son alliance avec Auchan pour passer sous bannière Système U …
    Mouvement de concentration qui pousse à la redéfinition du paysage des ‹ euro-centrales ›, fruits d’alliances européennes aux achats entre grands distributeurs afin de peser plus fort dans les négociations avec leurs fournisseurs. Parmi ces nouveaux géants : Aura (Intermarché/Auchan/Casino), Concordis (Carrefour/coopérative U/l’allemand RTG international).

    Difficile pour la commission d’enquêter sur les marges sans aborder l’impact de ces méga-centrales d’achat européennes, véritable sacs de nœud de montages complexes.
    Lui sera t’il possible d’en mesurer ou de prévoir les effets sur les prix, sur les marges ?

  • une évaluation de la contribution des modèles alternatifs de distribution sur la transparence des prix, la juste rémunération des producteurs et l’accès à une alimentation de qualité sera menée par la commission d’enquête.

    Mission numéro 5 de la commission d’enquête : ''entendre les représentants d’autres modèles de distribution (coopératives de commerçants et de consommateurs, magasins de producteurs, associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, initiatives citoyennes) afin d’évaluer leur contribution à une meilleure transparence des prix, à une juste rémunération des producteurs et à l’accès des consommateurs à une alimentation de qualité’’

    Nous en sommes de ces modèles alternatifs de distribution ! Ces 10 dernières années ont vu un renouveau des coopératives de consommateurs porté pour une part importante par la renaissance du mouvement ‹ food coop › en Europe, qui essaime particulièrement un peu partout en France.
    Aujourd’hui ces épiceries/supermarchés coopératifs et participatifs sont à des stades de développement différents.
    Certains sont désormais rentables : emprunts casi voire totalement remboursés, comptes assainis, à l’équilibre et bénéficiaires, une valeur de remboursement de la part sociale qui a retrouvé sa valeur initiale, des milliers coopérateurs consommateurs actifs … Dix années de dur labeur qui forgent expérience et maturité. Et des premiers résultats encourageants qui apportent aujourd’hui une réelle légitimité et crédibilité pour parler et défendre un modèle alternatif, coopératif ET qui peut être rentable !

Petit bémol qui concerne le champ d’étude de cette commission. Si cette commission d’enquête jette un grand coup de projecteur sur les marges de la grande distribution, j’aurais trouvé intéressant qu’elle en fasse autant sur l’amont de la chaine, plus précisément sur les industriels et leurs marges ? En effet, dès qu’il s’agit de dénoncer marges opaques et excessives, industriels et distributeurs ont l’habitude de se renvoyer la balle. Qu’en est-il vraiment ?

Pour conclure, tout cela va dans le bon sens puisqu’une nouvelle fois la pression est mise sur la grande distribution pour la transparence sur ses marges mais restons lucides !
Commissions d’enquêtes, rapports d’organismes indépendants et autres études sur les marges de la grande distribution se sont succédés ces dernières années sans jamais clarifier réellement les choses pour le législateur ni le consommateur. Même l’Autorité de la Concurrence peine à s’y retrouver.

Cette nouvelle commission arrivera t’elle enfin à dissiper l’écran de fumée permanent entretenu par les acteurs de la grande distribution, rodés à l’exercice, sur les prix et leurs marges ?

Réponse dans quelques mois !

Nadia

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L’article complet : Marges de la grande distribution : les 6 priorités de la commission d’enquête sénatoriale tout juste créée - LSA - Octobre 2025

Annoncée le 23 octobre, la commission d’enquête initiée par la sénatrice Antoinette Guhl a été officiellement créée. Elle comprend dix-neuf membres. Voici sa feuille de mission parue le 27 octobre.

Sur quels thèmes les dix-neuf membres de la commission d’enquête sénatoriale vont interroger les professionnels de la grande distribution et de l’industrie dans les prochaines semaines ? Dans la proposition de résolution parue le 27 octobre et qui tient en un article unique, les missions apparaissent claires. Quant au calendrier et à la composition exacte de la commission, il faudra attendre le 5 novembre. C’est à cette date que doit se tenir une réunion sous la houlette du président du Sénat, Gérard Larcher. « La commission peut démarrer aussi bien dans quelques semaines qu’en janvier » explique une source proche de la sénatrice Antoinette Guhl à l’origine du projet.

Cinq missions visant à des recommandations sur la transparence des prix

Les missions sont au nombre de six (voir ci-dessous). Dans le contexte d’inflation des produits alimentaires qui a touché la France ces deux dernières années, il s’agira d’abord d’analyser la composition des prix et des marges de la grande distribution, « y compris celles réalisées grâce à des remises ou des rémunérations de services obtenues auprès des fournisseurs ». Ensuite, d’en mesurer l’écart entre le prix final payé par le consommateur et la rémunération perçue par les producteurs. Objectif : voir comment se décomposent les 20% d’augmentation des prix constatée entre 2021 et 2023.

Sur la sellette, « l’impact des pratiques commerciales et financières des distributeurs sur le prix final, notamment sur les produits de première nécessité et dans les territoires d’Outre-mer ». Les dix-neuf membres chercheront aussi à « évaluer si les dispositifs existants en matière de régulation de la concurrence protègent efficacement le consommateur contre les marges excessives et favorisent l’accès à une alimentation de qualité ».

Comme souvent lors des commissions d’enquête, les modèles alternatifs (coopératives de commerçants et de consommateurs, initiatives citoyennes, etc) seront étudiés. Au final, il en résultera des « recommandations pour garantir la transparence des prix ». Des recommandations qui viendront nourrir un futur débat sur la loi Egalim dans les prochains mois, du moins si la stabilité politique le permet.

Proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur les marges de la grande distribution

Article unique

En application de l’article 51-2 de la Constitution, de l’article 6 de l’ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires et des articles 6 bis et 8 ter du Règlement du Sénat, est créée une commission d’enquête composée de dix-neuf membres sur les marges de la grande distribution.

Cette commission aura pour mission :

1° D’analyser l’évolution et la constitution des prix de détail et des marges de la grande distribution, y compris celles réalisées grâce à des remises ou des rémunérations de services obtenues auprès des fournisseurs ;

2° De mesurer l’écart entre le prix payé par le consommateur et la rémunération effectivement perçue par les producteurs et transformateurs ;

3° D’examiner l’impact des pratiques commerciales et financières des distributeurs sur le prix final payé par les ménages, en particulier s’agissant des produits de première nécessité, en portant une attention particulière aux collectivités et territoires d’outre-mer ;

4° D’évaluer si les dispositifs existants en matière de régulation de la concurrence protègent efficacement le consommateur contre les marges excessives et favorisent l’accès à une alimentation de qualité ;

5° D’entendre les représentants d’autres modèles de distribution (coopératives de commerçants et de consommateurs, magasins de producteurs, associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, initiatives citoyennes) afin d’évaluer leur contribution à une meilleure transparence des prix, à une juste rémunération des producteurs et à l’accès des consommateurs à une alimentation de qualité ;

6° De formuler des recommandations pour garantir la transparence des prix, renforcer l’information des consommateurs et protéger leur pouvoir d’achat.

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Merci infiniment @Nadia ! :pray:

Nadia journaliste :wink:

Hello à tous !

Les auditions ont commencé voilà quelques semaines et ca continue !

Vous pouvez retrouver l’intégralité des captations vidéo** :

Chaque intervenant représente un bout de la chaîne, arrive avec son propos et vient défendre ses intérêts !

Néanmoins ces auditions aident à y voir plus clair sur la vision, les pratiques et les enjeux des différents acteurs de la filière : distributeurs (la grande distribution surtout), représentants de consommateurs, représentants des filières agricoles, groupements de producteurs, industriels, analystes, chercheurs, experts, journalistes, modèles alternatifs etc ….

Un peu sans surprise, du côté de la grande distribution, il y a un niveau de détail, en particulier quand il s’agit d’obtenir les chiffres demandés par les sénateurs de la répartition des marges sur la chaine de valeur, qu’il est impossible d’avoir publiquement en audition. Concurrence oblige disent -il… Ils promettent de donner ces données en privé aux parlementaires. Dont acte !

Le sujet du jeu de la péréquation des marges pratiquée par la grande distribution (pratique qui consiste à répartir la marge de manière différenciée entre les produits) et des prix d’appel revient souvent sur la table des échanges avec les professionnels de la grande distribution. Des membres de la commission d’enquête, en soulignant l’observation qui est souvent faite que les « sur marges » y sont souvent pratiquées sur les produits les plus qualitatifs/sains, en questionnent la pertinence pour le consommateur. La réponse sans équivoque est la même pour tous : il s’agit d’une pratique justifiée, indispensable et centrale à la profession. Impossible de faire sans !

D’autres réponses attendues à des questions cruciales et récurrentes comme celles sur les centrales européennes (d’achat et de services) sont souvent vagues voire inexistantes faute de temps. Parfois c’est ''je sais pas : c’est les juristes qui pourront vous expliquer" … ou bien ‹ c’est pas mon rayon ! › …

Les auditions ne se valent pas toutes mais je vous encourage vivement à tout regarder !

2 auditions que j’ai retenues :

  • celle du Président exécutif du mouvement Leclerc, Philippe Michaud, grand manitou chez Leclerc et sa phrase choc : ‘’la guerre des prix est une garantie fantastique’’… En total cohérence avec la culture Leclerc …

Audition du président exécutif du mouvement E. Leclerc

  • celle qui rassemble chercheurs et analystes est assez passionnante par l’éclairage plus précis qu’elle donne sur le rapport de force installé par la grande distribution sur les marges mais également les stratégies développées pour capter le plus gros de la chaine de valeur. Des solutions sont proposées pour rétablir un équilibre. Ecoutez !

Marge et prix dans la grande distribution : table ronde d’experts - 23 janvier 2026

Extraits Intervention Olivier Mevel (chercheur et maitre de conférence en science de gestion à l’Université Bretagne occidentale) :

‘’ Les travaux de la Banque de France en 2024 et les travaux de l’inspection générale des finances ont éclairé le sujet et ils ont conclu dans le fond que les distributeurs n’avaient pas de marge excessive et que même après cette période inflationniste finalement il n’y avait pas de quoi à finalement à faire pleurer et que circulez à rien à voir. J’ai dit à mes collègues, c’est tout simplement parce que vous vous adressez à des chiffres comptables.

Si vous regardez bien aujourd’hui dans une vision moderne de la négociation commerciale et on ne peut pas regarder le prix facial, on doit regarder le prix net, le prix deux fois net et le prix trois fois net. Parce que si on se situe en dehors de ça, on aboutit aux conclusions de la Banque de France et aux conclusions de l’Inspection générale des finances à savoir que les marges de la distribution sont tout à fait correctes.

Or aujourd’hui, les marges de la distribution ne sont pas faites sur facture, elles sont faites hors facture. Et elles sont faites hors facture et on aura l’occasion d’en parler tout simplement parce que la partie hors facture est devenue prépondérante.

C’est-à-dire qu’aujourd’hui, c’est la coopération commerciale, ce sont les services imposés, ce sont les pénalités qui constituent la majorité des marges. La grande distribution transfère sur l’amont des risques économiques un certain nombre de risques.

Et quand on regarde sur 25 ans, on s’aperçoit aujourd’hui que sur un produit alimentaire et si on raisonne à l’euro alimentaire, on s’aperçoit que l’agriculteur et l’industrie agroalimentaire, c’est à peine 20 % de la valeur ajoutée. 80 % de la valeur ajoutée d’un bien alimentaire est réalisé ailleurs que dans la production. Alors effectivement, il y a un problème et donc les faits sont têtus.

Deux rapports très sérieux nous disent il n’ y a pas de problème de marge mais quand on regarde la répartition de la valeur ajoutée elle est très asymétrique. Donc c’est ce problème qu’il convient de traiter en comprenant bien pourquoi ce paradoxe des marges soi-disant correct mais de l’autre côté un vrai problème de répartition de la valeur ajoutée’’

Extrait intervention Hugo Molina (chargé de recherche à l’INRAE) :

‘’Quand on essaie de quantifier ce pouvoir de marché… on distingue les marges économiques et les et les marges comptables. Alors ici, les marges économiques, c’est ce qui intéresse en réalité les économistes. Ça vise à mesurer quelle est la valeur qui est captée par une entreprise, quelle est sa rente et donc quel est son pouvoir de marché. Et en tant qu’économiste, on s’intéresse vraiment à ça.

À contrario, la marge comptable, que ce soit marge brute ou marge nette, ça n’a pas tellement vocation à mesurer le pouvoir de marché. Ça a plutôt vocation à mesurer comment une entreprise est gérée tout simplement. Et donc une fois que l’entreprise a capté de la valeur, comment l’entreprise répartit cette valeur en rémunérant le travail, le capital, en générant des investissements, des dépenses publicitaires et cetera et cetera. Et en fait les marges comptables, ça nous dit plus ça. Et donc depuis une trentaine d’années, la littérature en économie a un peu rejeté l’usage des marges comptables pour quantifier le pouvoir de marché’’

Pas mal d’info à digérer donc mais ça vaut le détour. Je pense qu’il est toujours bon d’en savoir plus sur l’écosystème qui entoure nos projets et sur les différents modèles de distribution y compris ceux que nous dénonçons le plus !

In fine une belle occasion de faire un point pour chacun d’entre nous sur nos projets, nos pratiques et où nous nous situons.

N’hésitez pas à faire vos retours et venir débattre ici !

Nadia